Le Refuge du Mouvement "En 4 ans on prend racine"

Aux “racines” du racisme d’Etat

En 1931, la Suisse se dote d’une loi réglementant l’immigration qui légitime dans son texte même le principe de l’Überfremdung (1), cette peur paranoïaque de l’“invasion étrangère” et de l’altération excessive d’une supposée identité nationale. Les étranger-es servent de boucs émissaires lors des crises économiques et sociales, et permettent de renforcer une cohésion nationale basée sur une prétendue identité suisse menacée, et pourtant si difficile à définir autrement que négativement par rapport à “ce qui n’est pas suisse”. Les Juifs et les Juives durant la seconde guerre mondiale, les Italien-ens, les Espagnol-es, les Portugais-es, dès les années soixante, seront confronté-es à ce racisme d’Etat qui encourage le racisme ordinaire d’une partie de la population suisse.



C’est le temps des initiatives Schwarzenbach, du nom de son initiant, qui voulaient limiter drastiquement le nombre d’étranger-es en Suisse. Les initiatives populaires xénophobes sont rejetées (parfois de justesse), mais leurs contenus, légèrement édulcorés, sont repris dans la législation qui se durcit au point de se muer en une politique de dissuasion et de renvoi. La loi rend très difficile le séjour des étranger-es en Suisse en divisant la population étrangère en autant de catégories administratives qu’il y a de permis (A, B, C, F, N, etc.) et de limitations des droits et de ségrégations qui en découlent.


Dans les années soixante, c’est le statut de saisonnier qui fait scandale avec des hommes qui vivent seuls, entassés dans des baraquements provisoires neuf mois par année, sans leur famille laissée au pays. Ils font des travaux pénibles et constituent une main d’œuvre à bon marché que le patronat utilise et exploite. Après quatre ans consécutifs en Suisse, ces saisonniers peuvent espérer, à bien plaire, obtenir un permis B, puis C, qui confère chaque fois davantage de droits et pour finir, après dix ou quinze ans, une demande de naturalisation très difficile à obtenir. Dès les années septante, la Suisse fait massivement appel aux ressortissants de la Yougoslavie pour effectuer des travaux pénibles. Cette population discrète s’intègre tant bien que mal.

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