Le Refuge du Mouvement "En 4 ans on prend racine"

Le grand basculement de 1991

Un tournant s’amorce avec le retrait en mars 1989 du statut de “province autonome” attribué par Tito à la Kosovë et la répression (entre autres par le biais de tracasseries policières, passages à tabacs, licenciement massif de toute personne d’ethnie albanaise) dont la population kosovare est l’objet, ce qui a contribué à des départs de plus en plus nombreux de leur province. Au début des années nonante, la guerre en Yougoslavie et la campagne de “nettoyage ethnique” de Milosevic se précisent.



C’est à ce moment-là également qu’à travers une campagne de presse xénophobe et haineuse de la droite ultra-libérale et populiste du millionnaire zurichois Blocher, relayée par la presse de boulevard du type Blick, apparaît la figure du requérant d’asile-dealer kosovar. La Suisse se rend compte qu’en Ex-Yougoslavie, il y a une région qui s’appelle la Kosovë. Mais c’est une toute petite minorité de sa population et la moins sympathique qui va être mise en avant, au moment même où, à cause de la guerre de Milosevic, la population kosovare grossit en Suisse, surtout les demandeur-es d’asile, qui cherchent refuge auprès des membres de leur famille déjà installés en Suisse.


L’administration suisse, toujours aussi paranoïaque dans son fantasme d’un supposé envahissement étranger, décide alors de bloquer les frontières aux ressortissant-es de l’ex-Yougoslavie. Alors qu’elle constituait un bassin de recrutement de main d’œuvre privilégié, les contrats de travail pour ses ressortissants ne sont plus distribués qu’au compte-goutte. Des travailleurs qui pensaient arriver à “faire” leurs quatre saisons en Suisse pour obtenir un permis B, sont ainsi mis dans l’impossibilité de trouver un contrat de travail. D’un autre côté, ils ne peuvent retourner dans un pays en guerre. Dans l’impossibilité d’obtenir des titres de séjour et des permis par la voie habituelle de la loi sur l’immigration, ils sont contraints de prendre la voie de la loi sur l’asile. L’administration suisse peine à admettre la logique d’épuration ethnique dont sont victimes les personnes kosovares en Kosovë et ne veut voir que de simples tracasseries administratives qui ne confèrent aucun droit à l’asile. Si l’Etat avait estimé correctement la situation et les avait, à ce moment-là, reconnues comme réfugiées, elles bénéficieraient aujourd’hui toutes d’un permis B !

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