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| Retour | "En 4 ans on prend racine" Un mouvement de résistance à la politique de renvois Ceci est lhistoire dune utopie en voie de réalisation, une rencontre interculturelle, un mouvement de résistance face à labsurdité administrative et une contre-offensive au racisme dEtat. Cest aussi lhistoire dune rencontre improbable entre des Kosovar-es et des Suisse-sses, qui renvoie à lhistoire même de la Suisse et de son rapport à limmigration. Cest lhistoire dun grain de sable dans les rouages de la machine à exécution forcée des renvois et qui a été un des éléments à la base dun large mouvement des sans-papier-es qui se battent pour leur régularisation. Cest lhistoire également dun refuge à léglise de Bellevaux à Lausanne où durant 127 jours de lété 2001, neuf personnes dont trois enfants et tous leurs soutiens se sont battus pour empêcher un renvoi inique. Cest lhistoire enfin dun mouvement qui défend 170 Kosovar-es menacé-es dexpulsion qui vivent en Suisse depuis quatre, cinq, voire quatorze ans et qui y ont reconstruit une vie. Ce sont tous ces moments magiques, ces rencontres inoubliables et ce mouvement de résistance dont je vais essayer ici de brosser rapidement le portrait. Aux racines du racisme dEtat En 1931, la Suisse se dote dune loi réglementant limmigration qui légitime dans son texte même le principe de lÜberfremdung (1), cette peur paranoïaque de linvasion étrangère et de laltération excessive dune supposée identité nationale. Les étranger-es servent de boucs émissaires lors des crises économiques et sociales, et permettent de renforcer une cohésion nationale basée sur une prétendue identité suisse menacée, et pourtant si difficile à définir autrement que négativement par rapport à ce qui nest pas suisse. Les Juifs et les Juives durant la seconde guerre mondiale, les Italien-ens, les Espagnol-es, les Portugais-es, dès les années soixante, seront confronté-es à ce racisme dEtat qui encourage le racisme ordinaire dune partie de la population suisse. Cest le temps des initiatives Schwarzenbach, du nom de son initiant, qui voulaient limiter drastiquement le nombre détranger-es en Suisse. Les initiatives populaires xénophobes sont rejetées (parfois de justesse), mais leurs contenus, légèrement édulcorés, sont repris dans la législation qui se durcit au point de se muer en une politique de dissuasion et de renvoi. La loi rend très difficile le séjour des étranger-es en Suisse en divisant la population étrangère en autant de catégories administratives quil y a de permis (A, B, C, F, N, etc.) et de limitations des droits et de ségrégations qui en découlent. Dans les années soixante, cest le statut de saisonnier qui fait scandale avec des hommes qui vivent seuls, entassés dans des baraquements provisoires neuf mois par année, sans leur famille laissée au pays. Ils font des travaux pénibles et constituent une main duvre à bon marché que le patronat utilise et exploite. Après quatre ans consécutifs en Suisse, ces saisonniers peuvent espérer, à bien plaire, obtenir un permis B, puis C, qui confère chaque fois davantage de droits et pour finir, après dix ou quinze ans, une demande de naturalisation très difficile à obtenir. Dès les années septante, la Suisse fait massivement appel aux ressortissants de la Yougoslavie pour effectuer des travaux pénibles. Cette population discrète sintègre tant bien que mal. Le grand basculement de 1991 Un tournant samorce avec le retrait en mars 1989 du statut de province autonome attribué par Tito à la Kosovë et la répression (entre autres par le biais de tracasseries policières, passages à tabacs, licenciement massif de toute personne dethnie albanaise) dont la population kosovare est lobjet, ce qui a contribué à des départs de plus en plus nombreux de leur province. Au début des années nonante, la guerre en Yougoslavie et la campagne de nettoyage ethnique de Milosevic se précisent. Cest à ce moment-là également quà travers une campagne de presse xénophobe et haineuse de la droite ultra-libérale et populiste du millionnaire zurichois Blocher, relayée par la presse de boulevard du type Blick, apparaît la figure du requérant dasile-dealer kosovar. La Suisse se rend compte quen Ex-Yougoslavie, il y a une région qui sappelle la Kosovë. Mais cest une toute petite minorité de sa population et la moins sympathique qui va être mise en avant, au moment même où, à cause de la guerre de Milosevic, la population kosovare grossit en Suisse, surtout les demandeur-es dasile, qui cherchent refuge auprès des membres de leur famille déjà installés en Suisse. Ladministration suisse, toujours aussi paranoïaque dans son fantasme dun supposé envahissement étranger, décide alors de bloquer les frontières aux ressortissant-es de lex-Yougoslavie. Avec la politique raciste dite des trois cercles alors mise sur pied en 1991, la Yougoslavie bascule dans le troisième cercle. Alors quelle constituait un bassin de recrutement de main duvre privilégié, les contrats de travail pour ses ressortissants ne sont plus distribués quau compte-goutte. Des travailleurs qui pensaient arriver à faire leurs quatre saisons en Suisse pour obtenir un permis B, sont ainsi mis dans limpossibilité de trouver un contrat de travail. Dun autre côté, ils ne peuvent retourner dans un pays en guerre. Ils essaient de faire venir leur famille. Dans limpossibilité dobtenir des titres de séjour et des permis par la voie habituelle de la loi sur limmigration, ils sont contraints de prendre la voie de la loi sur lasile. Ladministration suisse peine à admettre la logique dépuration ethnique dont sont victimes les personnes kosovares en Kosovë et ne veut voir que de simples tracasseries administratives qui ne confèrent aucun droit à lasile. Si lEtat avait estimé correctement la situation et les avait, à ce moment-là, reconnues comme réfugiées, elles bénéficieraient aujourdhui toutes dun permis B ! Entre 1991 et 1995, la grande majorité des membres de ce qui va devenir le mouvement En 4 ans on prend racine arrive en Suisse ou passe du statut de saisonnier à celui de requérant dasile. Ils ne pourront être renvoyés car Milosevic soppose à leur retour. Jusquà la fin de 1998, ladministration tente encore de renvoyer des personnes kosovares défendues alors par le collectif Kosovë urgence. De la guerre de lOTAN à la phase des renvois forcés En 1999, la Kosovë apparaît dans les médias au grand jour avec la guerre de Milosevic et surtout lintervention armée de lOTAN. De nombreuses personnes kosovares quittent leur pays, certaines cherchent à rejoindre leurs familles en Suisse. Un grand mouvement de sympathie naît alors dans la population suisse à la suite des images dexode. Ladministration reste imperturbable, essaie par tous les moyens de limiter le nombre de réfugié-es et naccorde que très tardivement une admission provisoire collective (qui permettra aussi un renvoi collectif). Dès la fin de la guerre, le gouvernement suisse sempresse de préparer le renvoi massif des Kosovar-es qui ne doivent en aucun cas sincruster. Un plan en trois phases est alors mis sur pied. Une aide financière modique est allouée aux retours volontaires des deux premières phases. Une grande partie des personnes kosovares arrivées dans la dernière vague dimmigration repart. Les choses se compliquent pour la troisième phase, celle des renvois forcés qui commence officiellement le 31 mai 2000 et qui concerne environ 25'000 personnes dont 3'000 dans le canton de Vaud. Certaines sont en Suisse depuis quatre à quatorze ans, y ont reconstruit leur vie et pour elles, un retour nest pas envisageable. Elles ont alors décidé de se battre, et cest ainsi quest né le mouvement En quatre ans on prend racine, qui concerne 170 personnes. Les conditions démergence du mouvement Limprobable mouvement qui naît alors a été rendu possible par différents facteurs. Le fait quil ait lieu dans le canton de Vaud nest sans doute pas un hasard. Cest parce que ce canton comptait le plus de travailleurs kosovars que sont venus le plus de personnes réfugiées de la Kosovë cherchant refuge auprès des membres de leur famille. Le fait de disposer tous de la même date limite pour partir les a peut-être aidé, paradoxalement, à se penser de manière collective en raison du destin commun qui les attend toutes et tous. Cest aussi un canton qui a vu un mouvement de soutien aux ex-saisonniers de lex-Yougoslavie devenus sans-papiers obtenir des papiers en 2000 après une longue bataille de plusieurs années. Cest aussi un canton qui connaît une gauche et une extrême-gauche combative et qui bénéficie en outre dune structure exceptionnelle comme le SAJE (Service daide juridique aux exilé-es). Ce dernier est né il y a quelques années du regroupement dassociations politiques et religieuses se battant sur le terrain de lasile. Grâce au travail de juristes et de bénévoles, ce centre permet de défendre juridiquement les débouté-es de lasile. Presque tous les Kosovar-es du mouvement y ont des dossiers. Cest aussi en voyant que les recours individuels ne suffisaient plus pour éviter les renvois qui sannonçaient que SOS-Asile, une des associations membres du SAJE va lancer le mouvement En 4 ans on prend racine à la demande des personnes kosovares elles-mêmes. Cest enfin un canton qui a connu une occupation déglise une quinzaine dannées auparavant, dans le même quartier de Bellevaux, et qui justement avait donné naissance à SOS-Asile. Lénergie de la coordinatrice du mouvement, Sandra, na pas été non plus étrangère à la possibilité de cette histoire. Une première réunion en mars 2000 réunit un nombre incroyable de requérant-es dasile, en raison de la menace de renvoi qui pèse sur elles et eux. Une pétition est lancée et déposée le 16 juin 2000 au Conseil dEtat avec le soutien de plus de 4000 signatures. Le mouvement devra toutefois attendre plus dune année pour recevoir une simple réponse à ses courriers de la part du Conseiller dEtat libéral Claude Ruey en charge du dossier. En novembre 2000, le Parlement vaudois reçoit favorablement une seconde pétition et soutient les revendications, mais sans effets sur le gouvernement. A partir de la date fatidique du 31 mai, les Kosovar-es ne disposent, comme pièce didentité, que dun bout de papier où figure la date butoir de leur départ de Suisse, date qui est tracée à chacune de leurs visites au Service de la Population (SPOP) et prolongé de manière aléatoire entre 5, 10 ou 25 jours. Durant lhiver 2000-2001 se met en place un système daccompagnement pour veiller à ce quil ny ait pas darrestation dans les locaux de ladministration au moment de la prolongation des délais de départ. Des assemblées générales hebdomadaires du mouvement sont loccasion de procéder à lanalyse politique de la situation, mais également dapprofondir de forts liens damitiés. Des actions sorganisent et un stand au marché est mis sur pied. Une brochure racontant leurs trajectoires et leurs raisons de vouloir rester en Suisse est distribuée. La pression se fait néanmoins de plus en plus forte sur le mouvement. Les plans de vol commencent à pleuvoir. Les menaces de mise sous mesure de contrainte se précisent (arrestation policière et incarcération pour assurer lexpulsion du territoire helvétique et éviter que le ou la débouté-e de lasile ne se présente pas à laéroport et entre en clandestinité). Un Kosovar du mouvement est arrêté sur son lieu de travail en mars 2001 et expulsé avec toute sa famille. Laventure humaine du refuge En raison du silence du gouvernement et de lextrême rigueur de son administration, le mouvement se trouve face à une impasse. La seule solution, très risquée, cest loccupation dun lieu symbolique de refuge pour les Kosovar-es directement menacé-es par un plan de vol. Le souvenir du mouvement des sans-papier-es français qui ont occupé léglise de St-Bernard en France en 1996 est encore très présent dans les têtes et aide à se dire que cest possible! Dans les jours qui précèdent le refuge, toutes les avancées que le refuge a permis par la suite nous semblent encore utopiques. Le 25 avril 2001, premier jour de loccupation de la salle de paroisse de Bellevaux, cest un peu la surprise de constater que léglise est pleine de monde et que la presse est là. On sent quil y a là une énergie incroyable qui va être utile tout au long de ces quatre mois. Les personnes suisses de soutien présentes viennent dhorizons assez différents. On y trouve quelques politicien-nes connu-es, mais avant tout des militant-es de base, zapatistes, libertaires, féministes, socialistes, communistes, écologistes, des humanitaires, des chrétien-nes de gauche, des artistes, des étudiant-es, des agriculteur-trices, des retraité-es, des ami-es de Kosovar-es, des non affilié-es, etc. Tout ce petit monde va former un noyau dur dune trentaine à cinquantaine de personnes, entourées dun réseau plus large mais plus épisodiquement présent. Toutes les personnes kosovares du mouvement participeront également très activement aux assemblées générales et aux différentes tâches que génère le refuge. Pour protéger le refuge de toute action policière, il y aura durant toutes les 126 nuits entre 3 et cinq personnes qui y dormiront. De nombreux gestes de solidarités de la part de Suisse-sses pas forcément politisé-es se manifesteront tout au long de cette occupation. Des fleurs, de la nourriture, des lettres, un soutien financier exceptionnel de toute la Suisse seront autant de signes qui apporteront du courage aux neuf occupant-es qui se sont ainsi privé-es de leur liberté pour éviter leur renvoi. Le 1er mai, des 20 km de Lausanne, du 1er août (fête nationale) et du Paléo à Nyon ont été loccasion pour le mouvement et le refuge de secouer ce canton si paisible. De nombreux spectacles, concerts, conférences, films et activités pour les enfants ont en outre été mis sur pied. Les repas ont été loccasion déchanges interculturels, de confidences, danalyses politiques et de découverte de la nourriture kosovare. Dans les premiers temps du refuge, il y eut également de nombreuses réactions racistes immondes dans les médias envers ces musulmans qui occupent une église chrétienne. On resservit tous les clichés sur les Kosovars trafiquants de drogue que dix années de blochérisme et de racisme dEtat ont largement banalisés. Très rapidement pourtant, ce discours sest estompé au fur et à mesure que les Kosovar-es ont pu apparaître publiquement, parler avec leurs mots, dire leurs souffrances et leurs angoisses, dire quils et elles ne veulent pas être jeté-es comme de vieilles chaussettes après tout ce quils et elles ont subi, dire leurs espoirs, leurs craintes. Un des tournants du refuge a sans doute été lorsque Arjieta, une des femmes du refuge sest exprimée dans le cadre dune émission de télévision de grande écoute un dimanche matin. Même le Conseiller dEtat vaudois Ruey et le représentant de ladministration fédérale, M. Gerber, navaient plus darguments pour répondre à la simple question : Mais quest-ce quon vous a fait pour mériter ça, dêtre traité comme ça ?. Quand Arjieta parle, la force de mots simples et vrais, qui lui rendent son humanité, suffit à ébranler lédifice de la machine à exécuter les renvois. Cette belle mécanique repose justement sur une déshumanisation de létranger-e, réduit-e à un numéro de dossier dans un silence administratif où limportant nest pas qui et où renvoyer, mais lexécution efficace des renvois. Aucun des deux nassumera la responsabilité dun renvoi quils étaient pourtant prêts à exécuter, sans le refuge. Face à un être humain en chair et en os, personne ne peut plus justifier linjustifiable. Parfois des mots tout simples sont désarmants. Grâce à la solidarité qui est née autour du refuge, qui va des innombrables petits gestes concrets aux déclarations publiques des églises, des partis et des syndicats, mais à cause de lautisme politique de nos autorités également, celui-ci sest maintenu plus de quatre mois. Une histoire encore à écrire Si lopinion publique a pu être touchée, le Conseil dEtat nen resta pas moins ferme et cest avec une extrême difficulté que le mouvement a finalement pu être entendu et entrer dans un simple processus de discussion. Il a fallu de linventivité et de la détermination de la part du mouvement qui a su trouver, par des actions spectaculaires comme loccupation du bureau du gouvernement, des moyens dêtre entendu. LEtat tenta bien de discréditer le mouvement en jugeant les actions violentes, il essaya de temporiser en renvoyant les responsabilités sur le gouvernement fédéral. Grâce au travail de médiation de personnalités politiques et culturelles de tous bords, il dut néanmoins se résoudre à entamer un début de négociation. Il donna des garanties suffisantes aux occupant-es du refuge pour leur permettre de retourner dans leurs foyers sans être expulsé-es en Kosovë. Le mouvement en est donc là aujourdhui. Un groupe de travail a été constitué avec une délégation de lEtat et du mouvement, qui se rencontrent régulièrement. Pour lheure toutefois, aucune régularisation na été obtenue. Quelques dossiers ont été envoyés à Berne mais demeurent sans réponse depuis plus de 6 mois. Le mouvement continue sa lutte pour la régularisation de ces 170 membres, organise tous les mercredis depuis bientôt un an un piquet de soutien (à la place de la Palud, devant l'Hôtel de Ville, à Lausanne à 17h30). Le mouvement a toutefois dores et déjà plusieurs victoires à son actif. Il a permis déviter le renvoi de quasiment tous ses membres. Pour une fois, nous assistons à un mouvement offensif de défense du droit dasile et des migrant-es qui redécale léchiquier politique (même très légèrement) sur sa gauche. Ce refuge a suscité une large prise de conscience et a posé le débat sur la place publique comme jamais auparavant, en montrant la population kosovare sous un jour beaucoup plus positif que les clichés racistes. Le refuge a été loccasion dune aventure humaine exceptionnelle avec toutes les rencontres et les découvertes que ce brassage a permises. Il a suscité de nombreuses discussions et prises de position, il a rencontré une grande sympathie dans la presse, il a permis à de nombreuses personnes de rencontrer directement les Kosovar-es du mouvement et de manifester leur soutien. Lexemple de cette occupation a également donné des idées, ouvert des possibles et montré que des occupations déglises sont envisageables en Suisse. Cela a encouragé louverture dautres refuges qui ont éclos un peu partout en Suisse par la suite, donnant naissance à un large mouvement de sans-papiers qui ont ainsi fait leur coming-out public et a occupé une grande partie de lagenda politique et médiatique de lannée 2001. Cette histoire nest pas finie et la suite reste encore à écrire Yves Sancey, février 2002. Membre de En quatre ans on prend racine. Mouvement de refuge E-mail: comite@refuge-kosovo.ch Texte publié dans la revue Flagrant Délit, No 13, printemps 2002 (http://home.graffiti.net/flagrant-délit/index.html) qui porte sur le thème Luttes sociales et désirs dutopie (disponible à la librairie Basta ! à Chauderon) Publications sur le sujet, à titre indicatif : Alain Maillard et Christophe Tafelmacher, Faux réfugiés?, La politique suisse de dissuasion dasile, 1979-1999, Editions dEn Bas, Lausanne, 1999. Ueli Leuenberger et Alain Maillard, Les damnés du troisième cercle - Les Kosovars en Suisse 1965-1999, Ed. Métropolis, 1999. Marianne Ebel et Pierre Fiala, Sous le consensus, la xénophobie, Université de Lausanne, 1983. Flagrant délit, n°11 et n°12, 2001. Note (1) La première loi fédérale réglementant limmigration en Suisse a été adoptée en 1931. Cette législation a été marquée dès le départ par une très forte peur de linvasion du pays, qui se confond également à lépoque avec une forte peur de lenjuivement. A cette occasion, la notion dUeberfremdung ", utilisée par le régime national-socialiste allemand, est érigée en critère légal et figure en toutes lettres dans larticle 16 de la Loi fédérale sur le séjour et létablissement des étrangers (LSEE), du 26 mars 1931. Elle est imparfaitement traduite par lexpression surpopulation étrangère. Le sens le plus approchant serait plutôt rendu par lexpression altération excessive de lidentité nationale. La politique dite des trois cercles présentée par le Conseil fédéral le 15 mai 1991 reprend cette philosophie de la peur paranoïaque de linvasion étrangère en protégeant la Suisse de trois couches successives. Pour un-e ressortissant-e du troisième cercle, il est quasiment impossible de trouver un permis de travail en Suisse. Ce modèle a été dénoncé par la Commission fédérale contre le racisme en 1996. Il a été remplacé par un système binaire (UE et AELE dun côté, reste du monde de lautre) en juin 2000, qui conserve un caractère fondamentalement raciste. Reprenant le modèle français de la préférence nationale du Front national, le système binaire invente une sorte de préférence communautaire qui lélargit aux frontières de lUnion Européenne. LEst et le Sud peuvent toujours attendre |
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