Le Refuge
du Mouvement "En 4 ans on prend racine"
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ELSHANI Feta, marié 4 enfants
J'ai refusé de faire le service militaire car je ne voulais pas combattre avec les Serbes; je suis venu en Suisse le 12 décembre 1995 parce que je n'étais pas d'accord avec cette guerre. Au Kosovo, ma maison est détruite et j'ai recommencé à reconstruire ma vie ici. C'était très dur d'être seul. Je m'inquiétais tous les jours pour ma famille. Le premier mois surtout a été difficile, ensuite j'ai commencé à me sentir bien parce que je ne me sentais pas en danger. Ici c'est calme! Environ trois mois après mon arrivée en Suisse j'ai trouvé un travail et depuis cinq ans, je suis toujours dans la même entreprise. Il y a plus d'une année, ma femme et trois de mes enfants m'ont rejoint et mon quatrième enfant est né ici il y a un mois.
J'aimerais pouvoir rester en Suisse, travailler, vivre ma vie avec toute ma famille.
Dépôt de la demande d’asile : 1995 – il travaille chez Orllati au Mont-sur-Lausanne


HAKAJ Emrush, célibataire
J'ai quitté mon pays le 20 juin 1992 à cause de la violation des droits de l'homme, la politique et surtout la guerre. Dès mon entrée en Suisse j'ai travaillé jusqu'à maintenant, sans aide financière de personne. Je suis là depuis 8 ans, c'est vraiment beaucoup, j'y ai fait ma vie. J'ai de nombreuses connaissances et m'y plais énormément. J'ai une situation stable et ne tiens pas à retourner dans mon pays. De toute façon, tout est détruit et je ne sais pas où aller. En Suisse, j'éprouve un sentiment de bien-être et de sécurité, ce qui n'est pas le cas dans mon pays. Je me suis très bien adapté aux coutumes de ce pays, ce que j'apprécie.
Je suis parti de chez moi menottes aux poings pour être enrôlé dans l'armée serbe. J'en ai été très malheureux et ne désire pas partir de la Suisse dans ces mêmes conditions.
Dépôt de la demande d’asile : 1995 – il travaille chez Naville à Lausanne


MANXHOLLI Xhelal, marié 1 enfant
J'ai quitté le Kosovë pour des raisons politiques et économiques. J'étais recherché pour être incorporé. Je suis arrivé en Suisse en avril 1994 et depuis le mois d'août 1994 j'ai toujours travaillé et fais de nombreuses connaissances, notamment dans la restauration. Je me suis marié en Suisse en 1997 et mon fils est né ici. Toute ma vie de famille s'est construite dans ce pays. En 7 ans j'ai eu amplement le temps de m'intégrer et de considérer la Suisse comme ma deuxième maison. D'autre part, je connais plus de monde ici qu'au Kosovë. Là-bas ma maison et mes biens ont été brûlés et je n'ai pas de travail. Ici, par contre, j'ai tout. De plus ma femme a fait plusieurs fausses couches et peut bénéficier d'un suivi médical de pointe. Quitter un pays sans sécurité pour arriver dans un pays avec une sécurité maximale, c'était pour moi une source de stabilité. Ici les Suisses nous ont accueillis chaleureusement et on a enfin été respecté en tant que personne. Ici, j'ai eu pour la première fois la possibilité de travailler pour gagner ma vie et ma dignité. Compte tenu de ces éléments, quitter ce que j'ai construit ici pour retourner dans un pays dévasté et dont l'avenir est incertain me déprime et me révolte et me fait craindre énormément ce que je serai contraint de faire pour survivre ultérieurement.
Dépôt de la demande d’asile : 1994 – il travaille dans une pizzeria à Morges


SALIHI Milaim, marié 3 enfants
Au Kosovë toute ma famille était menacée par la police serbe alors j'ai décidé de partir en 1994. J'ai traversé l'Albanie à pieds, c'était assez dangereux, je suis passé par l'Italie et je suis arrivé en Suisse. Je connaissais déjà ce pays, j'y avais travaillé comme saisonnier pendant quatre ans et j'avais de la famille, mais je pensais n'y rester que quelques mois. Ici j'ai un emploi temporaire, je n'ai pas grand chose mais je travaille dur pour mes enfants. Deux de mes fils sont nés ici, ils ne connaissent pas le Kosovë, c'est ici leur pays. J'espère que mes enfants pourront continuer l'école et tout ça. Mes premiers jours en Suisse ont été difficiles, je m'inquiétais pour ma famille. Petit à petit je me suis habitué, c'était dur mais on était en sécurité et on avait à manger. Aujourd'hui au Kosovë c'est encore difficile, il n'y a pas de travail et ce n'est pas très sûr. Après la guerre il n'y a pas de fleurs, il n'y a que des mines…Moi je suis pour la liberté.
Dépôt de la demande d’asile : 1994 – il travaille chez Interiman


JAKUPI Bajram, marié deux enfants
A 19 ans, j’ai reçu la convocation pour le service militaire mais je ne voulais pas faire la guerre en Bosnie et en Croatie. Comme je n’étais pas sûr de ne pas me faire “ descendre ” dans le dos par les Serbes, je me suis caché à la maison et dans les alentours. Lors d’une manifestation pour la démocratie en Kosovë, les Serbes m’ont pris. J’ai été emprisonné 60 jours à Ferizaj, à Pristina puis finalement à Istog. A ma sortie de prison, les policiers ont confisqué mon passeport et je suis resté bloqué au pays, vivant en cachette pendant 2 ans. Comme il n’y avait pas d’issue à cette situation, mes parents m’ont conseillé d’aller tenter ma chance ailleurs. C’est ainsi que je suis venu en Suisse. J’avais déjà six frères ici, deux plus jeunes restant avec mes parents, ainsi que deux sœurs. Je suis arrivé en Suisse en 1992 et j’ai travaillé chez un vigneron. Mais c’est à ce moment-là que le statut de saisonnier à été supprimé et je n’ai pas pu obtenir de permis de travail. En 1994, j’ai été engagé dans une entreprise de ferblanterie-couverture, où je travaille toujours. Mon patron m’apprécie car je respecte le travail. Dans ce pays j’ai toute ma famille, ma femme, mes enfants, et on peut vivre normalement. Si je retourne en Kosovë je n’ai plus rien, éventuellement, au mieux, une tente pour nous abriter. Ici je peux gagner la vie de ma famille, là-bas ce n’est pas possible. Ici je me sens bien. J’ai respecté les lois, je respecte mon travail, je n’ai jamais eu affaire avec la police. Je poursuis mon chemin pour aider ma famille qui compte sur moi.
Je sais bien qu’il y a des Kosovars qui ne nous ont pas fait une bonne publicité, mais dans toutes les sociétés il y a des bons et des moins bons éléments. Chacun choisit son chemin.
Dépôt de la demande d’asile : 1994 – il travaille dans la ferblanterie à Morges


MAZREKU Sami, marié avec enfants
Je suis arrivé en Suisse en février 1993 parce que j’ai fui la guerre dans mon pays. J’ai tout de suite cherché du travail et j’ai trouvé tout de suite un emploi chez Jardins Naturels, où je travaille comme chef d’équipe. Je ne veux pas repartir parce que j’aime la Suisse, j’ai fondé toute ma famille ici, j’ai un travail fixe. Je n’ai plus de maison là-bas, tout est détruit et je ne me sens pas prêt à rentrer. Depuis que je suis là je me sens très bien mais j’ai toujours eu un sentiment d’instabilité lié au fait qu’on pouvait me renvoyer du jour au lendemain, et aux décisions de renvoi qui changent sans cesse. Je trouve qu’il devrait y avoir un meilleur contrôle des dossiers, car il y a des gens qui sont arrivés après moi, qui sont à la charge de la société ou qui commettent des infractions et qui peuvent rester.
Dépôt de la demande d’asile en 1994 – il travaille chez Jardins naturels à Orbe


MUSTAFA Shaban, célibataire
La situation en Kosovë était trop difficile à supporter. Je n'avais pas d'avenir là-bas, alors j'ai décidé de partir. Je suis arrivé en Suisse le 10 décembre 1993 et j'ai commencé à travailler en 1994. J'ai appris le français, je vivais en paix, j'ai appris à connaître la liberté. Voilà sept ans que je suis en Suisse et retourner dans mon pays me fait peur. La guerre est finie mais la stabilité est très faible: pas de sécurité, pas de maison, pas d'avenir. Je ressens de la tristesse, l'envie de revoir mon pays et ma famille, mais en même temps j'ai passé ma jeunesse ici et je me sens à présent plus chez moi ici que là-bas. J'ai fait trop d'effort pour m'adapter, m'intégrer, même si au début c'était très difficile et j'aimerais rester.
Dépôt de la demande d’asile : 1993 – il travaille chez Churrasco à Lausanne


KARAMETA Ilaz, célibataire
Les policiers me cherchaient pour faire la guerre. Un homme m'a fait passer la frontière pour 2000 DM. J'avais mon frère et ma soeur en Suisse. Au début c'était dur car je ne comprenais pas bien le français. Ensuite, trois mois après mon arrivée, j'ai commencé à travailler dans la conciergerie, par exemple, ainsi que plusieurs autres boulots et la vie est redevenue normale; j'avais un salaire et c'était tranquille. Je ne veux pas repartir car en Kosovë il ne me reste rien du tout, ma maison est brûlée. J'attends encore la décision et on verra après si je peux rester travailler. Je n'ai jamais eu de problèmes durant les sept années où j'ai travaillé ici. Je pense que la Suisse peut continuer à accueillir les réfugiés et leur donner du travail.
Dépôt de la demande d’asile : 1993 – il travaille chez Equipe Emploi service et dans l’entreprise Blanc à Morges


GASHI Xhafer, célibataire
Etant d'âge à aller au service militaire, j'avais reçu une convocation. Comme je ne me suis pas présenté, quatre policiers sont venus me chercher à la maison. J'ai décidé alors de partir définitivement. Je ne voulais pas faire la guerre dans les provinces yougoslaves et tuer d'autres hommes. Après les trois mois d'interdiction de travail en Suisse, j'ai tout de suite travaillé dans une entreprise d'étanchéité pendant deux ans. Puis il y avait moins de travail et j'ai été licencié. Je suis allé au chômage et la recherche d'un nouvel emploi n'a pas été facile car le permis N rebutait les employeurs. Depuis le début de l'année 98, j'ai trouvé un emploi chez Loca-Service - une entreprise de montage et démontage d'échafaudages - ceci grâce au patron qui a pris la peine de se renseigner sur ma situation et la validité de mon permis de travail. Ici je peux gagner ma vie et aider ma famille: ma mère et deux frères ainsi que leur famille, soit huit personnes, en leur envoyant de l'argent pour vivre au quotidien, reconstruire et rééquiper les ménages. Depuis toutes ces années, je me sens un peu chez moi ici. Au début tout était nouveau, mais comme j'ai été accueilli dans la famille de mon frère, la transition a été plus facile. Aujourd'hui je me sens bien et si je me marie, j'aimerais pouvoir élever mes enfants dans ce pays, car j'ai pris l'habitude et je me sentirais "décalé" de retourner vivre en Kosovë. J'aimerais vraiment bien rester.
Dépôt de la demande d’asile : 1994 – il travaille chez Loca service échafaudages


SHALA Ruzdie, marié deux enfants
Après avoir fini l'école en Kosovë j'ai été vendeur. J'avais un magasin d'alimentation. Les Serbes voulaient m'enrôler dans l'armée et j'ai décidé de partir en 1993. J'ai passé les frontières illégalement et je suis venu plusieurs fois pour travailler en Suisse depuis 1991. Ma femme et mes enfants sont venus me rejoindre. Je travaille, encore aujourd'hui, en tant qu' aide-monteur en échafaudages chez Vectur SA. Cette société a beaucoup de travail, elle m'apprécie et ne voudrait pas me voir partir. Je suis là depuis sept ans et je me suis parfaitement intégré. Je parle couramment le français, j'ai mon travail et mes amis en Suisse. J'ai enfin pu vivre une vie "normale" et partout j'ai été accepté et intégré. Ma vie est ici. Je ne me vois pas un avenir en Kosovë. J'aimerais que mes deux enfants puissent grandir ici.
Dépôt de la demande d’asile : 1993 – il travaille chez Interiman


BAKIU Ejup et AVDULLI Emine, marié-e-s avec des enfants
Je suis venu en Suisse le 7 février 1993 à cause de la pression du gouvernement. Après une année, j'ai trouvé du travail comme jardinier chez Pépinières Mathis SA à Chavannes. Aujourd'hui je ne veux pas rentrer chez moi. Dans mon village, tout est détruit, il n'y a pas d'Albanais et toute ma famille est en Amérique comme réfugiés. Je pense que je suis bien intégré dans une nouvelle société. La Suisse est un pays où je me retrouve vraiment.
J'aimerais qu'à tous, on nous accorde un permis humanitaire.
Dépôt de la demande d’asile : 1993 – il travaille chez la Pépinière Mathys à Chavannes


ABAZI Hajredine, marié deux enfants
La première fois que je suis venu en Suisse, c'était en 1990, à cause d'un accident de travail. J'ai été opéré deux fois puis je suis rentré au Kosovo. En 93-94, je suis revenu en Suisse pour me faire opérer de l'oeil.
En Kosovë, j'étais maître d'école. J'avais un salaire très bas, on vivait avec çà.
En 1995, je suis revenu seul en Suisse comme requérant d'asile. J'ai commencé à travailler en tant qu'aide de cuisine pour aider ma famille restée là-bas. J'avais peur pour ma femme qui est asthmatique et n'avais pas osé lui dire que j'étais ici. Elle est arrivée en 1996.
Aujourd'hui, je ne veux pas repartir car je ne sais pas où emmener ma femme et mes enfants, je n'ai plus de maison, je n'ai plus rien. La seule chance qui me reste est de rester ici. Rentrer en Kosovë c'est comme me tirer une balle dans la tête.
Dépôt de la demande d’asile : 1995 – il travaille dans le restaurant La Principessa à Lausanne


FERATI Nami, célibataire
Je suis arrivé en Suisse à l’âge de 21 ans, en 1996. J’avais commencé des études de droit. Mais c’était difficile pour nous de faire des études, c’était tout privé et la situation politique était très précaire. Je ne parlais pas un mot de français en arrivant, c’était très pénible, on ne peut pas communiquer. Il a falu faire des efforts. Je n’ai eu des cours qu’une fois par semaine pendant un mois. Je pensais que c’était trop peu. Mais en fait, j’avais des livres que je pouvais étudier à la maison. Ensuite, j’étais très pris par mon travail. Ca dépend tout de nous, de parler aux gens ou non. Je n’ai été que trois mois à l’aide sociale. En suite, j’ai tout de suite travaillé dans un hôtel. En quatre ans, j’ai fait le calcul : j’ai payé à l’Etat Fr. 15'000.- avec le " 10% réfugié ". Je me suis fait des amis en Suisse. Je ne veux pas être forcé de rentrer dans mon pays, je n’y vois pas d’avenir là-bas. Si je rentre chez moi, c’est comme un pays étranger. Les choses ne sont plus les mêmes. Quand je pense à l’avenir, je sais qu’il y a des choses qu’on ne peut pas rattraper, comme les études ou la jeunesse. Depuis 1997 lorsque la Suisse a refusé de m’accorder l’asile, j’ai eu plusieurs dates de retour, dont aucune n’a pu être exécutée. Malgré tout, on doit vivre.
Dépôt de la demande d’asile : 1996 – il travaille à l’hôtel du Mont-Blanc à Morges


OSMANKAQ Deli, marié avec des enfants
Je suis arrivé en Suisse le 12 mars 1993, j’avais 23 ans. A cette époque, le régime serbe venait recruter les jeunes Kosovars pour aller faire la guerre en Bosnie et en Croatie. Plusieurs fois la police est venue me chercher car mon nom figurait sur leur liste. Finalement je me suis résolu à partir définitivement de mon village, car je ne pouvais plus y vivre sans me cacher. Dès que je suis arrivé en Suisse j’ai déposé une demande d’asile. Peu après j’ai trouvé un emploi de pêcheur. Aujourd’hui encore je travaille toujours dans la même entreprise, toujours comme pêcheur. Je pense avoir réussi à m’intégrer dans ce pays, car dans mon entourage, chacun me le laisse comprendre : mon patron, mes amis, mes voisins. J’ai deux enfants, ils sont nés ici. Maintenant ils vont à l’école ici ; leur vie est ici. Si je devais retourner en Kosovë je ne saurais trop où aller : ma maison a été brûlée, détruite. Dans mon village il y a encore énormément de mines.
Ici, en Suisse, j’ai tout particulièrement apprécié la sécurité. J’ai bénéficié de la solidarité de nombreux Suisses qui sont devenus des amis. Je tiens à remercier le peuple suisse et les autorités helvétiques pour tout ce qu’ils ont fait pour nous. Je souhaite que notre demande soit considérée avec la compréhension nécessaire pour notre situation particulière : poussé à quitter mon pays à cause des conditions politiques, et après tant d’années passées ici en Suisse sans plus aucun contact possible avec mon pays, c’est ici que j’ai fait ma vie, celle de ma famille.
Date du dépôt de la demande d’asile : 1993 – il travaille à la Pêcherie de Coppet


ZHITIA Naïm et Rifadije, marié-e-s sans enfants
Nous sommes tous deux arrivés en Suisse en 1991, nous avions 21 ans. C’est la situation politique dans la Kosovë qui nous a poussés à nous expatrier, car il n’y avait pas d’avenir possible. Dès notre arrivée en Suisse et jusqu’au dépôt de la demande d’asile en septembre 1993, j’ai travaillé à la Scierie Zahnd SA à Rueyres. J’ai pu reprendre du travail dans cette même Scierie Zahnd SA de juin 1994 à fin janvier 1998. Depuis le mois de juin 1999 je travaille à la Fonderie. J’y travaille encore aujourd’hui et j’y suis apprécié.
Les conditions de vie que nous avons trouvées en Suisse nous ont permis, à ma femme et à moi-même, de retrouver notre santé physique. Alors nous avons repris goût à la vie, nous avons retrouvé l’envie de travailler : nous avons repris espoir en un avenir possible.
Nous avons construit notre vie ici, en Suisse : nous nous sentons intégrés, proches des Suisses par notre façon de vivre. Nous avons des attaches ici car nous avons développé des liens avec des amis Suisses. Nous souhaitons tellement pouvoir rester ici et ne pas devoir tout recommencer une nouvelle fois.
Dépôt de la demande d’asile : 1993 – il travaille à la fonderie de Moudon


MAVRAJ Gjevdet, célibataire
Je suis arrivé en Suisse en avril 1996, j’avais 30 ans.
Je suis parti de mon pays car la situation qui y régnait était désastreuse. La Serbie nous avait privés de toute liberté depuis la levée du statut d’autonomie de la Kosovë en 1989. Il nous était impossible de construire un quelconque avenir ; la vie au quotidien était extrêmement difficile ; c’était seulement de la survie au jour le jour.
Dès mon arrivée en Suisse je me suis intégré à la vie ici : j’ai travaillé, j’ai appris le français. Petit à petit je me suis construit une vie sociale en faisant connaissance avec mon entourage, en m’adaptant à son mode de vie.
C’est ici en Suisse que pour la première fois de ma vie j’ai connu la liberté, j’ai eu la possibilité de m’exprimer.
Je souhaite continuer ma vie en Suisse car cela m’apporte l’assurance d’une existence sereine.
Dépôt de la demande d’asile : 1996 – il travaille chez Adecco à Payerne


BELULI Nesret, marié avec trois enfants
J’ai quitté mon pays en partie parce que la police régionale m’obligeait d’être mobilisé dans une guerre que je ne voulais pas faire. Lorsque je suis arrivé en Suisse en 1993, je ne connaissais ni la région, ni la langue française. J’ai pris des cours de français pour pouvoir m’intégrer. C’est ainsi que j’ai trouvé un travail. Ma vie a alors repris son cours " normal ". Je ne suis pas retourné dans mon pays d’origine depuis huit ans. Ca serait faux de dire que je ne veux pas y retourner car j’y ai beaucoup d’attaches. Mais durant ce laps de temps, beaucoup de choses ont changé dans ma vie : mes enfants sont nés ici (ils sont âgés de 9, 6 et 2 ans), ils sont aujourd’hui écoliers à Lausanne, et ils ne connaissent que ce pays. Les envoyer au Kosovo serait dépaysant pour eux. Depuis le temps que je vis ici, mon vœux serait d’être vu comme un homme " commun " dans ce pays, d’être libre de continuer ma vie ici sans oublier mes racines.
Dépôt de la demande d’asile : 1993 – il travaille au Bleu Lézard à Lausanne